On entend souvent dire qu’il est obligatoire de greffer un agrume pour qu’il produise des fruits. Cette affirmation, très répandue chez les jardiniers amateurs comme chez de nombreux passionnés d’agrumes, repose sur une part de vérité… mais elle est loin d’être aussi absolue qu’on le croit. En réalité, tout dépend de l’agrume concerné et de la méthode de multiplication utilisée.
Contrairement à une idée reçue bien ancrée, un agrume né d’une graine n’est pas forcément condamné à rester stérile ou à produire des fruits décevants. Dans certains cas, il peut au contraire donner naissance à un arbre très vigoureux et parfaitement capable de fructifier, avec des fruits identiques à ceux de la plante mère. C’est ce que l’on observe chez certains agrumes dits « fidèles au semis ».
Mais cette règle est loin d’être universelle. Beaucoup d’agrumes cultivés aujourd’hui sont des hybrides, ce qui signifie que les graines qu’ils produisent ne garantissent pas toujours une descendance conforme. Un semis peut alors donner un arbre différent, parfois plus épineux, plus vigoureux, plus lent à fructifier, ou produisant des fruits de qualité variable. Dans ce cas, la solution la plus fiable est la greffe, mais il y a aussi une autre alternative encore !
Les agrumes fidèles au semis et leurs atouts !
Plusieurs dizaines d’agrumes ne nécessitent pas d’avoir recours à la greffe. C’est par exemple le cas du Combava (Citrus hystrix), de l’Ichang papeda (Citrus ichangensis), du Bigaradier (Citrus aurantium), du Yuzu japonais (Citrus junos), du Citron caviar (Microcitrus australasica), du Citron de Java (Citrus jambhiri), de la Lime mexicaine (Citrus aurantiifolia), du Mandarinier Satsuma (Citrus unshiu), de la Lime du désert australien (Eremocitrus glauca), de la Pompia sarde (Citrus limon var. pompia) ou encore du Kumquat (Fortunella japonica).
Ces agrumes non greffés, cultivés à partir d’une graine, sont appelés plants francs. Cela signifie qu’ils se développent sur leurs propres racines, en exploitant le patrimoine génétique complet contenu dans la graine. Certes, l’un des principaux inconvénients des plants francs réside dans une mise à fruit généralement plus lente. Mais cette particularité s’accompagne aussi de plusieurs atouts.
En effet, le semis permet souvent d’obtenir des plants plus vigoureux que leurs homologues greffés. Cela s’explique par la force de leur propre système racinaire, entièrement adapté à leur rythme de croissance naturelle. Grâce à leur robustesse, les plants francs développent souvent une meilleure résistance aux maladies et aux conditions climatiques défavorables. Leur système racinaire favorise une plus grande résilience dans des environnements difficiles, ainsi qu’une longévité plus importante.
Pourquoi la greffe est-elle si utilisée ?
Si la greffe est autant utilisée, ce n’est pas un hasard. Même si tout agrume issu de semis peut produire des fruits, beaucoup sont hybrides. Dans ce cas, la fidélité génétique est incertaine : le fruit obtenu peut être très différent de celui d’origine. La greffe devient alors indispensable pour reproduire fidèlement une variété.
Outre cet aspect, le greffage présente un autre avantage majeur : une mise à fruit beaucoup plus rapide. Un agrume greffé peut produire ses premiers fruits au bout de 3 ans, contre généralement 6 à 8 ans pour un agrume issu de semis, par exemple.
Enfin, un plant greffé combine deux parties distinctes : un porte-greffe et un greffon. Cette technique vise à tirer parti des qualités de chaque composant afin de produire un arbre robuste et adaptable, car on peut choisir le porte-greffe (la base de l’arbre) en fonction du sol et du climat. Il existe, par exemple, des porte-greffes résistants au calcaire, résistants à certaines maladies ou encore plus ou moins tolérants au froid.
Le bouturage chez les agrumes, une alternative crédible ?
On pense souvent que la greffe est la seule méthode permettant de reproduire fidèlement une variété d’agrume. Pourtant, il existe une autre technique : le bouturage. Moins connue, et parfois jugée plus délicate, elle permet néanmoins d’obtenir également un arbre identique au pied d’origine.
Le bouturage consiste à prélever un morceau de branche, appelé bouture, puis à le faire s’enraciner. Comme avec le greffage, et contrairement au semis, il n’y a alors aucune variation génétique : le fruit obtenu sera identique à celui du pied mère.
En pratique, on prélève de préférence une branche saine semi-aoûtée, c’est-à-dire un rameau de l’année déjà légèrement durci (ni trop tendre, ni totalement lignifié), de 10 à 15 cm et portant 2 à 4 feuilles. On la plante ensuite dans un substrat léger et humide, après avoir retiré les feuilles du bas. La bouture doit être maintenue à la chaleur (autour de 25°C), à la lumière sans soleil direct et dans une atmosphère humide, jusqu’à l’apparition des racines.
Même si elle demande un peu de technique, cette méthode présente un avantage non négligeable : elle ne nécessite ni de maîtriser la greffe, ni d’utiliser un porte-greffe. Si tous les agrumes peuvent être multipliés par bouturage, les résultats varient selon les espèces et les variétés : chez certains, l’enracinement fonctionne très bien ; chez d’autres, il se révèle plus long ou plus capricieux. Il faut également noter que, comme le semis, le bouturage ne permet pas d’accélérer la mise à fruit.
Jardinier-paysagiste et géographe de formation, je suis passionné par le monde végétal et ses curiosités. Fondateur d’Alsagarden et militant d’un jardinage en accord avec la Nature, je suis aussi un fervent défenseur des variétés anciennes, libres et reproductibles. Découvrez mon parcours, mon histoire et mes dernières publications via ce lien !
Idée cadeaux
Le coffret de graines « Courges en folie » est une excellente idée cadeau pour un jardinier curieux et amateur d’originalités, voulant sortir des sentiers battus du « potager classique » !
Passer commande