Permaculture : Les buttes de culture, une véritable révolution !

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Buttes de culture auto-fertiles, buttes-sandwich, buttes en lasagnes…on les voit fleurir un peu partout, et elles représentent une vraie révolution dans notre façon de cultiver. Associées à l’agroécologie mais surtout à la permaculture, les buttes de culture possèdent de nombreux avantages : A la fois riches, productives et auto-fertiles, elles cumulent les atouts tout en se passant des intrants chimiques et du travail du sol !

La butte de culture, un véritable écosystème !

Basée sur la décomposition progressive des matières, cette technique de jardinage permet de faire pousser des plantes sans jamais devoir travailler le sol. En effet, la décomposition lente des matières organiques libère de l’engrais naturel sur plusieurs années. En parallèle, la butte agira comme une éponge et conservera l’humidité absorbée. Aucun engrais n’est nécessaire et suite à la mise en place initiale, plus aucun travail n’est à effectuer…outre la récolte et la dégustation. Ainsi, la création d’une butte de culture, imite les processus naturels et créer ainsi un véritable écosystème. Il s’agit d’un espace multidimensionnel vivant et riche en biodiversité, mais aussi extrêmement productif grâce à l’amélioration du sol qu’elle procure.

Les différentes buttes de culture, leurs principes et leurs avantages !

>>> La « butte sandwich » de l’agronome Robert Morez :

Pour fabriquer une butte-sandwich Morez, il faut creuser une tranchée de 35 cm. Réserver la terre propre. Placer au fond des branches coupées ou du broyat forestier. Étendre des feuilles ou de la paille par dessus, tasser et arroser copieusement. Ajouter une couche de fumier ou compost. Couvrir avec la terre extraite ; aplanir et établir des passages (30 cm tous les mètres) en étalant de la paille, écorces ou planches, pour circuler sans tasser le sol. Le sol est alors prêt pour les plantations et semis. Une telle butte peut durer jusqu’à 4 ans.

La "butte sandwich" - Source : Robert Morez.
La « butte sandwich » – Source : Robert Morez.

>>> La « butte en lasagne » de Patricia Lanza :

Cette technique a été mise au point par Patricia Lanza, une jardinière Américaine ne sachant comment se débarrasser des déchets de son restaurant et du jardin. Elle a eut l’idée de les empiler par couches successives en alternant matières brunes riches en carbone et matières vertes riches en azote, sur une épaisseur d’environ trente centimètres, le tout abondamment arrosé pour créer une fermentation, et planter des légumes sur ce substrat. La butte en lasagne peut généralement être cultivé durant 4 ou 5 ans, suivant la composition des différentes couches.

butte lasagne
La « butte en lasagne » – Source : La revue les 4 saisons du jardin bio (n°186).

>>> La « butte forestière » (ou Hugelkultur) :

La butte « forestière », aussi appelée « Hugelkultur » est une très ancienne technique utilisée depuis des siècles en Europe de l’Est. Elle consiste simplement à entasser des troncs d’arbres, des bûches, des branchages, des feuilles et des brindilles sur une hauteur d’au moins un mètre et de les recouvrir de terre et de paille. Il est également conseillé d’intégrer des déchets de cuisine et du fumier riche en azote pour équilibrer le rapport carbone/azote de l’ensemble. Le processus naturel de décomposition du bois va s’étaler sur plusieurs années. Cette butte de culture auto-fertile est un moyen idéal pour utiliser les matériaux présents sur place (bois, tronc, branches, feuilles…). Au lieu de faire du feu pour vous débarrasser du bois, utilisez-le pour nourrir vos cultures pour de nombreuses années, et en même temps donner une profondeur de racine inégalable pour les racines des plantes dans une terre ameublie et qu’il n’y a jamais besoin de bêcher ! Cette technique est encore plus durable que la butte sandwich ou la butte en lasagne, elle possède une durée de vie de près de 10 ans.

Hugelkultur
La « butte forestière » (ou Hugelkultur) – Source : Ext100.wsu.edu

Bref, vous l’aurez bien compris la culture sur butte permet de favoriser la reconstitution d’humus en utilisant des matériaux naturels et en contribuant à restaurer et à maintenir la fertilité des sols. Par la même occasion, la création d’une butte permet de préserver et de développer la vie du sol dans toute sa diversité. Autre avantage non négligeable, le fait de cultiver sur butte permet d’augmenter la surface de culture, on passe du 2D à la 3D !

Et vous, que pensez-vous de la culture sur butte ? Avez-vous déjà expérimenté cette technique dans votre jardin ? N’hésitez pas à partager votre expérience en laissant un petit commentaire !

13 Commentaires

  1. Bonsoir, effectivement la matière organique « fraîche » (non décomposée) tel que le bois, les branches et le feuillage peut occasionner une faim d’azote, cependant comme vous avez pu le voir sur les différents types de buttes, les couches de surface se composent de terre, avec un apport de compost ou de fumier riche en azote…cela vient donc équilibrer le rapport carbone/azote de l’ensemble. Cette faim d’azote se manifeste seulement en début de phase de décomposition lorsque les champignons et les bactéries décomposent la matière organique fraîche. Ensuite, l’azote est à nouveau disponible pour les plantes. Je reste à votre disposition. Bonne soirée.

    • Bonjour Lucas, j’ai quelques questions à propos des buttes…J’en ai commencer une en forme de cercle, dans un bois, mais à un endroit ensoleillé. J’ai donc juger que de faire un tas de bois était inutile, vu qu’en creusant, j’en ai croisé pas mal. J’ai lu un article qui disait que « La grande bêtise de l’agriculture, c’est de labourer et mettre la matière organique sous les racines. Donc le temps que les racines arrivent, c’est minéralisé. » et que fait-on dans les buttes de permaculture? On enfouit la matière organique. J’ai donc penser que seulement en rajoutant un peu de matières organiques type feuilles en décomposition et en ajoutant un peu de terre prélevée autour de la butte, j’obtiendrais une bonne butte bien fertile. J’ai eu raison ? Merci de ton attention.

      • Bonsoir Yvon, dans votre cas (en forêt), je pense en effet qu’enterrer du bois n’est pas forcément utile, le sol doit déjà contenir beaucoup de matière organique. Selon Claude Bourguignon, « mettre la matière organique sous les racines par le laboure est une bêtise », je suis entièrement d’accord avec lui dans le cas de l’agriculture conventionnelle. Retourner le sol sur 40 cm n’est pas très intelligent, puisque l’on remplace la couche arable superficielle et riche en humus par du sol de profondeur, bien moins riche pour les végétaux. Cependant, lors de la création d’une butte de culture, on garde justement le sol de surface (la couche arable) pour recouvrir la butte avec cette terre extraite. De plus, l’épaisseur des différentes couches est bien moindre, ce qui permettra justement aux plantes d’en profiter. Bonne soirée.

  2. Bonjour, une question de néophyte : on voit bien l’utilité des buttes forestières pour des cultures de plantes avec un feuillage « bas » (laitues, carottes, pdt, …) mais si on y fait pousser des choux, des haricots ou des framboisiers est ce que ça reste pertinent? Les plantes ne se dérangent-elles pas les unes les autres et ne perdent-elles pas de la place plutôt que d’en gagner? La rotation des cultures reste-telle importante dans ce cas de figure, ou prônez-vous plutôt l’association de cultures pour que les plantes « s’aident » les unes les autres sans qu’on doive forcément modifier le plan de son potager chaque année? Merci pour ce chouette article.

  3. Bonjour, que pensez vous du compost réalisé avec des branches de Renoué du Japon ? J’ai de gros a priori sur cette plante y compris le terreau issu de son compost ???

    • Attention, la renoué du japon est un plante invasive et les tiges coupées se bouturent très facilement toutes seules. La renouée forme des massifs très denses, éliminant les autres espèces indigènes. Sa progression se fait au détriment de la flore locale, mais aussi de la diversité animale. La renouée fait reculer les populations d’amphibiens, reptiles, et oiseaux, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés à leur survie.

  4. Merci Lucas pour cet article très intéressant, je connaissais la butte sandwich et lasagne (que je pratique avec satisfaction, surtout pour mon dos depuis que je ne retourne plus le sol!), j’ai découvert la butte forestière qui me paraît intéressante à essayer, surtout que j’ai un petit sous bois à nettoyer. Bon jardinage. Betty

  5. Bonjour, j’aimerais essayer la culture en butte mais combien de temps faut-il la mettre en place avant de pouvoir commencer la culture? Y a t-il une chronologie à respecter ? Merci. Caroline

  6. Une question m’inquiète : devant les rendements annoncés par ceux qui préconisent la culture sur butte, a-t-on fait des analyse sur les taux de nitrate, phosphate et potasse, des légumes ayant poussés dans de telles conditions ? Pour ma part, je vais tenter l’expérience pour les pantes ornementales, mais je suis inquiet d’étendre ces pratiques à mon potager. Bien cordialement, Jean-Paul

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