Interview : Aymeric Lazarin, paysagiste et auteur d’ouvrages sur les plantes

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Diplômé en horticulture et en aménagement du territoire, Aymeric Lazarin a travaillé dans le domaine de l’agriculture biologique, et dans la recherche au sein du Cemagref (devenu Irstea), avant d’intégrer l’enseignement agricole. Par la suite, il a créé une entreprise d’espaces verts, et a écrit plusieurs ouvrages sur la phytothérapie, sur l’utilisation des plantes pour lutter contre l’érosion, sur les plantes au pouvoir sucrant…etc. Pour lui, les plantes peuvent constituer une véritable alternative, sinon une solution à bon nombre de nos problèmes quotidiens. Son dernier ouvrage sur le potager perpétuel et les plantes vivaces ne va plus tarder à paraître. Publié aux éditions Terre Vivante, sa sortie en librairie est prévue pour le 6 mars prochain !

1. Pouvez-vous nous parler de vos études et de votre parcours ?

“Après un bac STAE (Sciences et Technologies de l’Agronomie et de l’Environnement), j’ai passé un BTS Productions Horticoles. Puis faute de finances, j’ai interrompu mes études et je suis entré dans le monde du travail. J’ai enchaîné divers petits boulots dans l’agriculture biologique, la production et la distillation de plantes à parfum, etc. Quelques années après, j’ai repris les études pour passer une licence en Aménagement du Territoire. Suite à cette formation, je suis entré au Cemagref (aujourd’hui devenu Irstea) comme cartographe au sein d’une équipe de chercheurs qui expérimente l’utilisation des végétaux pour lutter contre les risques naturels liés à l’érosion. A la fin de mon contrat, j’ai créé ma propre entreprise d’espaces verts. Quelques années plus tard, et sans pour autant délaisser cette activité artisanale, j’ai intégré l’enseignement agricole, où je m’épanouis encore aujourd’hui”.

2. Comment est né votre intérêt pour l’écologie et la botanique ?

“Je suis tombé dedans quand j’étais petit… ou plus exactement, je suis né dedans ! Mon père est agent à l’ONF et nous a (mes frères et moi) rapidement sensibilisés à notre environnement direct. Et dans les Alpes de Haute Provence d’où je suis originaire, autant vous dire qu’il d’une qualité remarquable !”

3. Agronome, écrivain, paysagiste…comment vous qualifiez-vous exactement ?

“Je ne suis pas réellement agronome. Je suis paysagiste et enseignant. Je suis à la tête d’une entreprise d’espaces verts et d’aménagement paysager depuis plusieurs années, et j’enseigne en lycée agricole. En parallèle de cette double activité, je prends plaisir à diffuser mes expériences, mes connaissances et mes solutions dans des ouvrages accessibles à tous.”

4. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire pour le grand public ?

“J’ai la conviction profonde que les plantes peuvent nous aider au quotidien. Pour moi, les plantes constituent une part de la solution afin de relever les grands défis de notre société et pour soulager les maux de notre quotidien. Comme le prouvent mes différents ouvrages, des alternatives végétales existent ! Ainsi, de nombreuses plantes sucrantes pourraient avantageusement remplacer le sucre dans notre alimentation, et lutter contre l’obésité – les plantes ouvrent de nombreuses perspectives pour dépolluer l’eau et les sols – elles pourraient également nous permettre de réduire les risques liés à l’érosion et aux inondations, etc. Or, pour que ces solutions se démocratisent et soient mises en application à grande échelle, il faut les rendre disponibles et accessibles au plus grand nombre. C’est pour cette raison que j’ai fait le choix de la vulgarisation et que je cible donc le grand public, mais c’est également par passion pour la pédagogie et pour la transmission.”

5. Peut-on en savoir un peu plus sur votre prochain ouvrage consacré au potager perpétuel ?

“L’un des enjeux majeurs de notre époque est l’alimentation… surtout lorsque l’on sait qu’il faudra bientôt nourrir 9 milliards d’humains. Le défi est bien réel. Faut-il en avoir peur ? Non, je ne crois pas. Au contraire, les discours anxiogènes semblent trop souvent justifier le recours aux OGM, aux pesticides, aux cultures hors-sol et à d’autres pratiques traumatisantes. A contre courant du productivisme, de l’intensification et des cultures au cycle toujours plus court, je tente dans ce livre de prouver que le retour à des cultures vivaces n’est pas moins intéressant… et qu’il présente même de nombreux avantages. Je décris une soixantaine de légumes vivaces qui peuvent rester en place pendant 5, 10 voire 15 années, au cours desquelles on ne cultive pas en vue de réaliser une seule et abondante récolte, mais pendant lesquelles on entretient les cultures en vue de faire de nombreuses petites récoltes… sans compromettre toutes celles à venir.”

Mon potager de vivaces, aux Éditions Terre Vivante, disponible à partir du 6 mars 2016.
Mon potager de vivaces, aux Éditions Terre Vivante, disponible à partir de mi-mars 2016.

6. Pouvez-vous déjà nous donner une date pour une séance de dédicaces ?

“Je serai le 27 février prochain au salon Primevère à Lyon pour une conférence en rapport avec mon précédent ouvrage « Jardiner contre l’érosion ». Ensuite, je participerai à d’autres manifestations, mais le calendrier n’est pas encore calé.”

7. À travers l’ensemble de vos livres, y a-t-il un message que vous souhaitez véhiculer ?

“Oui, plusieurs messages me tiennent à cœur, mais certains sont omniprésents dans mes travaux et me semblent particulièrement importants. Mon principal combat est de démontrer que les plantes peuvent constituer une alternative – sinon une solution – à bon nombre de nos problèmes quotidiens et sociétaux. Le monde végétal nous offre un éventail de diversité, de substances et de ressources extraordinaire. J’en suis persuadé : La solution est végétale ! Ce n’est pas seulement un slogan, c’est une conviction profonde. Alors préservons cette richesse et ce patrimoine hors du commun. Le second message que j’aimerais faire passer concerne les bienfaits du jardinage. C’est peut-être un peu philosophique, mais je ne crois pas que le bonheur puisse s’acquérir, qu’il s’obtienne par la consommation de tel ou tel bien. Je crois au contraire qu’il est en nous, qu’il est au bout d’un chemin spirituel et psychologique. Et il me semble que la pratique du jardinage, le contact avec la terre, et le respect des plantes et de leur rythme nous guident sur ce chemin personnel jusqu’à atteindre la paix, la sagesse et la sérénité, bases indiscutables du bonheur.”

8. En tant qu’amoureux du végétal, quelle est votre plante, légume ou variété potagère favorite ?

“C’est bien souvent la question que je redoute ! On me la pose souvent, et je suis toujours incapable d’y répondre brièvement. J’aime les plantes rares, les plantes insolites, les variétés potagères anciennes et en particulier la tomate « green zebra » et la tomate « cœur de bœuf » (la vraie !), mais aussi des espèces moins « sensationnelles » mais tout aussi précieuses. C’est le cas par exemple du saule marsault (Salix caprea), original en termes de floraison et de feuillage, très précieux pour les insectes pollinisateurs et non sans intérêt pour stabiliser les talus et les berges. J’aime aussi le centranthe rouge (Centranthus ruber), qui est à la fois une espèce mellifère, comestible, antiérosive et ornementale ! Le grenadier (Punica granatum) fait également partie des plantes que j’affectionne beaucoup, à la fois pour son aspect, sa floraison, mais aussi pour la qualité gustative et nutritionnelle de ses fruits. Comme vous le voyez, il serait plus rapide de parler des plantes qui m’attirent peu que de celles qui ont mes faveurs.”

Aymeric Lazarin
Aymeric Lazarin lors de la pose d’un cordeau dans son potager sous tunnel.

9. Pouvez-vous nous parler de votre propre jardin, son organisation et les végétaux qu’il abrite ?

“Cela va sans doute pour paraître étrange, mais les différents lopins de terre que je cultive n’ont rien d’extraordinaire. Chacun d’eux accueille diverses espèces et variétés potagères, condimentaires, aromatiques, médicinales et ornementales, parfois dans une joyeuse pagaille. Je fais des essais, je compare les techniques culturales et les récoltes, mais aucun de ces jardins ne fait vraiment l’objet d’une cohérence d’ensemble. Il y a deux raisons principales à cela. La première est que je suis paysagiste, et que je passe davantage de temps dans le jardin de mes clients que dans les miens. La seconde est tout simplement que mes jardins ont pour vocation l’expérimentation, et non l’ornementation.”

10. Maintenant que votre nouvel ouvrage est achevé, avez vous un nouveau projet ?

“Oui, je travaille déjà sur de nouveaux projets. Rien n’est encore décidé et je ne peux donc pas trop m’avancer. Mais une chose est sûre, les prochains livres continueront de démontrer que la solution est végétale et que le jardinage est bénéfique pour le corps comme pour l’esprit…”

Pour en savoir plus sur Aymeric Lazarin et pour suivre son actualité, je vous invite à jetez un œil sur sa page facebook : www.facebook.com/lazarin.aymeric

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