Faut t-il avoir peur des “légumes exotiques” au potager ?

Comme l’on très justement écrit Désiré Bois et Auguste Paillieux en 1892 dans leur ouvrage “Le Potager d’un curieux” : “Si l’on ôtait de votre assiette tout ce qui est d’origine exotique, il ne vous resterait pas grand-chose” ! En effet, biens des légumes que nous cultivons aujourd’hui dans nos potagers, généralement des espèces annuelles, viennent de pays lointains et sont tout sauf des légumes autochtones ou locaux…mais est-ce que c’est grave docteur ? Pour répondre à cette question, revenons un peu sur l’histoire de nos fruits et légumes.

Des “légumes exotiques” acclimatés depuis des siècles !

La plupart des légumes cultivés en France et en Europe sont si bien acclimatés, et ce, depuis parfois plusieurs centaines d’années, au point que nous avons tendance à les considérer à faux titre comme des légumes locaux. C’est par exemple le cas de la tomate, de l’aubergine, de la courge, du haricot et de la pomme de terre originaires d’Amérique du Sud, ou du concombre et du gingembre originaires de Chine ou encore du poireau, du pois chiche et de la betterave originaires du Proche-Orient ! Comme nous le verrons dans la suite de cet article, biens souvent la découverte de nouveaux légumes et la culture de nouvelles espèces potagères dites “exotiques” coïncide avec la découverte d’un nouveau continent !

Parmentier en habit d'académicien par Dumont, 1812
Parmentier en habit d’académicien par Dumont, 1812

Les légumes, une question de mode et de découvertes !

Comme la mode vestimentaire, certains légumes sont plus ou moins cultivés selon les périodes de l’histoire. En France, du Haut Moyen Âge jusqu’à la Renaissance, la plupart des légumes furent méprisés par l’élite sociale, consommatrice de viande. Légumineuses, racines, bulbes, herbes sont alors caractéristiques de l’alimentation paysanne. Dès le XVIe siècle au mépris succède l’engouement. La rupture avec l’ancienne diététique, l’arrivée de nouveaux légumes, l’art des jardiniers et des cuisiniers leur donnent une place de choix sur les tables. La Renaissance correspond à la redécouverte de produits antiques tombés dans l’oubli aux siècles précédents et par une réhabilitation de certains légumes. C’est le cas de la  carotte, blanchâtre et fibreuse,  est  peu  appréciée  au  Moyen-Age. Des  Hollandais, désireux  de   montrer  leur  fidélité à la Maison  d’Orange, alors principauté protestante de France, croisent au milieu du XVIe  siècle des variétés à chair rouge et à chair blanche obtenant ainsi une racine rouge orangée que nous connaissons aujourd’hui. L’asperge, introduite à la cour d’Henri II au XVIe  siècle par  l’italienne Catherine de Médicis. Le melon, cultivé dans le Comtat Venaissin dès 1400 et dans les régions méditerranéennes. Sa culture  se répandra également très vite dans le reste de la France !

Les grandes explorations des XVIe et XVIIe siècles ramènent de nombreuses espèces exotiques, qui seront très vite acclimater et cultiver dans les jardins. Les premiers contacts des Européens avec l’Asie, puis la “découverte” de l’Afrique subsaharienne, irriguent le Vieux Monde de nombreuses plantes exotiques. A la Renaissance et dans le sillage de l’arrivée de Christophe  Colomb aux Amériques, de nouvelles espèces font leur apparition ! Le haricot, originaire des Amériques supplante les fèves. L’artichaut,  cultivé en Afrique du Nord est  introduit en France en 1533 par Catherine de Médicis. Le topinambour, ramené du Québec par Samuel de Champlain au XVIIe siècle, la tomate, originaire d’Amérique centrale et  introduite en Europe au milieu du XVIe siècle. L’ananas, originaire  d’Amérique  centrale, est  présenté  à  la  Cour   d’Espagne  vers  1535. Il  faudra attendre 1733 pour que le premier ananas soit cultivé à Versailles ! A cette époque, on assiste également à une explosion des titres de traités ou de manuels sur l’agronomie et l’acclimatation des plantes nouvelles. Pas moins de 130 titres majeurs sont recensés au XVIIe siècle.

Ananas en pot, 1733, Jean-Baptiste Oudry Gérard Blot©RMN (Château de Versailles)
Tableau : Ananas en pot, 1733, Jean-Baptiste Oudry (Château de Versailles).

Espèces exotiques et espèces anciennes, la richesse au potager !

Avec l’apparition et la culture de ces nouvelles plantes potagères, le potager du XVII et XVIIIe siècle est plus riche en espèces que jamais. Quasiment toutes les espèces exotiques découvertes sont à présents acclimatées et cultivées (betterave, poireau, asperge, aubergine, concombre, artichaut, melon, citrouille…), tandis que les espèces anciennes, natives, sont encore pour la plupart cultivées, comme le chervis, les pourpiers ou encore la capucine. Certaines espèces, ramassées jusqu’alors, qui n’étaient pas encore cultivées, le sont aussi à cette époque (oseille, raiponce, cresson…).

Ainsi, l’histoire nous montre que l’acclimatation des végétaux comestibles d’origine exotique ont été d’une importance capitale dans l’histoire de l’homme et de son alimentation. L’association des plantes locales et des plantes exotiques au potager à cette époque à permis d’apporter une diversité botanique et alimentaire immense. Cependant, au XIXe et au XXe siècles, le jardinage connaît une perte de vitesse avec l’apparition de l’agriculture industrielle et l’oubli de certaines espèces et variétés potagères jugées pas assez productive ou non adaptées ! Néanmoins, depuis quelques années, le potager retrouve une nouvelle jeunesse où l’on se réapproprie le plaisir de cultiver soi-même son lopin de terre avec des plantes potagères à la fois anciennes et exotiques afin de savourer des produits à la saveur nouvelle ou oubliée.


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